La chambre des recalés

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Lachesis
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La chambre des recalés

Message par Lachesis » dim. 14 mai 2017 11:17

J'ouvre ce sujet car j'avais écris trois textes pour le concours de nouvelles et que je voulais quand même partager mes autres textes (les pauvres, y a pas de raisons qu'ils restent dans un dossier ;)

je vais donc les poster ici. Kyros de Dyrrachium, je sais que tu es déjà dans le même cas que moi, poste ici aussi :D (et n'importe qui dans la même situation, évidemment)

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À Sa Majesté Salianna, princesse consort de Paris,

Très estimée parente,

Je descends de votre lignée sans jamais avoir eu l’honneur de vous rencontrer. Je sais que mon grand-Sire a des contacts à la Grande Cour, j’espère donc qu’il se portera garant de ma parole.
Après avoir longtemps servi dans les armées de la croisade contre les Albigeois, ma présence semblait moins nécessaire suite aux différents succès rencontrés depuis le traité de Paris. Souhaitant prendre du temps pour prier, je suis parti seul pour une retraire spirituelle à Saint-Bertrand-de-Comminges.
J’y ai trouvé non la paix, mais des questions épineuses que l’évêque et ses chanoines peinent à résoudre. A vrai dire, la Croisade est tellement occupée dans le Languedoc que les maux des Pyrénées passent inaperçus. Les récits qui reviennent de la commanderie de Saint-Jean de Jérusalem, qui protège un accès à l’Espagne pour les pélerins de Compostelle, sont tellement invraisemblables qu’ils ont éveillé ma curiosité.
Nombre des montagnards sont extrêmement superstitieux et obsédés par les ours, ceux-ci ayant la réputation d’enlever les jeunes filles pour s’accoupler avec elles. J’ai éclaté de rire en entendant ces fariboles, mais les chanoines m’ont expliqué que ces légendes sont prises très au sérieux et expliquent en partie la méfiance envers les étrangers.
Par ailleurs chaque communauté est organisée en vase clos, communiquant peu avec ses voisines. Bien souvent, les prêtres analphabètes qui y officient marmottent leurs prières en latin sans en connaître le sens, certains sont mêmes mariés ou manient les armes avec leurs ouailles lorsqu’un conflit entre vallées éclate.
Bien évidemment, les impôts revenant à l’évêché n’arrivaient jamais à la cathédrale. J’ai finalement décidé de voyager dans les confins du royaume pour voir ce que j’y trouverais.
Tout d’abord, la région n’est pas aisée d’accès pour les nôtres. Elle est peu peuplée et composée de villages de taille et de prospérité variable. Je n’y croisé que deux Gangrel parlant un patois obscur autour du village de Bagnières-de-Luchon, non loin de la commanderie des Frères Chevaliers. La méfiance des montagnards et la faible population compliquent notre subsistance à moyen terme. Les Patriciens en particulier ne pourraient y trouver leur compte. Je me suis toutefois aventuré seul dans des villages reculés en espérant que mon témoignage et mes talents oratoires convaincraient quelques frères dominicains de revenir inspecter les lieux.
J’ai compris que j’avais sous-estimé ma tâche en visitant par hasard une église reculée. Je parle là d’une construction romane très ancienne, à peine assez grande pour recevoir une dizaine de fidèles. Elle était massive, trapue, et ses ouvertures minuscules lui donnaient des aspects de grotte. Je ne comptais qu’y prier quelques instants. Mais une pierre près de l’autel attira mon attention. Le bloc était gravé comme une stèle votive. L’ancienneté de l’inscription m’intrigua. Imaginez ma surprise en découvrant qu’il s’agissait d’une prière adressée à Mithra !
J’en ressorti choqué. Je consacrais le mois suivant à arpenter les églises de la région. J’y trouvais des stèles dédiées à Hercule, à Mercure, ou Cybèle. Parfois mêlé à des Dieux Gaulois dont les noms ne sont que de vagues échos dans la bouche d’anciens. Et plus encore, des dizaines de noms qui ne me disent absolument rien. Algassis, Eriape, Ilixo, Ilunus, Aherbelste. Je finis par comprendre que ces églises avaient été construite au début de la christianisation. La plupart des autels et temples païens ont été démontés pour bâtir les nouveaux lieux de culte. Mais les habitants n’ont pas tous abjuré leur ancienne foi. Beaucoup suivent les cultes dionysiaques à l’abri des regards, j’en suis convaincu et en apporterais la preuve.
Je frissonne en pensant au nombre de marches reculées existant dans notre pays. Je n’ai parcouru qu’une toute petite fraction des Pyrénées. Y a-t-il donc tant de paysans à moitié païens, hors de nos cités, juste à nos portes ? Que se passe-t-il donc à notre insu dans les campagnes ?

Votre pieux et dévoué arrière-arrière-arrière petit infant, Grégoire de Castillon.


Le Baali finit sa lecture à voix haute et sourit. Étendu sur l’autel profané, le jeune Toréador empalé n’était pas en état d’apprécier l’instant.
— Finement analysé, petite Rose. Hélas, comme tu le dis, la nourriture n’est pas assez abondante ici même pour une petite coterie de vampire. Quel dommage…

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Isabelle d’Orléans fut poussée sans égard pour son rang à l’intérieur de la forteresse. La femme serra les dents. Elle était terrifiée, mais n’était plus une jeunette. Des années à se battre pour sauvegarder la branche mineure de sa famille dont elle était désormais à la tête, négocier le mariage de ses enfants puis petits enfants et quelques sièges lui avaient octroyé une volonté de fer et une détermination qui avaient surpris plus d’un seigneur.
Elle tenta de reconnaître les armoiries de ses ravisseurs et fut surprise de ne pas y arriver. Pourtant, même son cousin le roi de France reconnaissait son expérience en la matière.
Un noble sortit du donjon en bois. Elle fut surprise de ne pas déjà l’avoir croisé lors de ses visites à la cours, car son maintien, ses vêtements et ses cheveux longs indiquaient un statut très élevé. Elle sentit instinctivement le besoin de ployer le genoux, mais y résista en serrant les dents.
Après tout, elle-même était petite-fille de roi.
— Bonsoir, ma Dame, dit son ravisseur d’une voix ferme et sans chaleur. Isabelle n’aima pas du tout la force de la volonté qu’elle lisait dans ce regard. Elle se crispa et ne bougea pas d’un pouce.
— Qui êtes-vous ? Pourquoi m’avoir enlevé ? Nous sommes sur le domaine royal. Cela vous coûtera la vie.
Elle devinait que ses paroles étaient vaines au moment où elles sortaient de sa bouche. L’inconnu ne fit aucun commentaire.
— Suivez-moi.
Elle pénétra dans une salle chichement éclairée par des torches. Il s’assit, sans lui proposer de siège.
— Je m’appelle Mérovée. Vous a-t-on parlé de la lutte qui opposa Frédégonde et Brunehilde ?
Isabelle secoua la tête.
— Brunehilde, reprit Mérovée, était une princesse Wisigothe. Elle épousa Sigebert, roi de Metz. Sa soeur aîné, Galswinthe, épousa peu après Chilpéric, roi de Neustrie.
— Certains de ces noms me parlent. Mais ils sont incroyablement ancien, fit sèchement la femme. Où voulez-vous en venir ?
Comme le nom sous lequel s’était présenté son ravisseur, nota—t-elle distraitement. Il ignora l’interruption.
— Chilpéric avait pris pour maîtresse une serve, une gauloise. Son nom était Frédégonde. Vous en descendez, par les Capétiens.
— C’est fort possible. Mais vous me parlez d’évènement survenu cinq cents ans plus tôt, ou davantage.
— Frédégonde, reprit Mérovée, fit assassiner Galswinthe. Brunehilde réclama vengeance. Une guerre terrible s’en suivit. Brunehilde se battit durement. C’était une femme éduquée, qui tentait de concilier les lois romaine et germanique autant que possible. Elle a régné très longtemps, survivant à son époux, ses enfants, petits-enfants, et veillant sur ses arrière petits-enfants. C’était une force de la nature.
— Vous en parlez comme si vous la connaissiez.
— C’est le cas. Et je voulais la faire venir avec moi, et je l’ai laissée faire quand elle insistait devait tout ce qu’elle avait encore à accomplir avant de me retrouver.
Isabelle crut avoir mal entendu.
— L’un de mes rivaux soutenait la Neustrie. Vous le connaissez sous le nom de Thierry de Tour.
Elle n’arrivait pas à y croire. Bien sûr, c’était un de ses alliés. Mais il était bien plus jeune qu’elle.
— Quand la défaite de Brunehilde devint inéluctable, j’étais trop loin d’elle pour intervenir. Mais mon rival ne se contenta pas de la tuer. Plus tard, il affirma que ses serviteurs avaient outre-passé sa volonté.
Il marqua une pause.
— Ma malheureuse Brunehilde, à plus de soixante ans, fut livrée trois jours à son armée. Ensuite, elle fut exposée nue sur le dos d’un chameau. Enfin, elle fut attachée par les cheveux, un bras et une jambe à la queue d’un cheval indompté. Son corps fut ensuite incinéré.
C’est un sort ignoble, mais tout aussi extravagant que votre prétention à l’avoir connue, faillit-elle dire.
— Comprenez bien là qu’il s’agit d’une vengeance qui doit être accomplie. Cela est entièrement la faute de Thierry, tout bien pesé.
— Que voulez-vous dire ?
— Il vous a choisi, comme j’avais choisi Brunehilde à l’époque. Mes espions me l’ont confirmé. J’ai là une occasion unique de lui faire comprendre l’humiliation qu’il m’a fait subir à l’époque.
Isabelle réalisa d’un seul coup le sort atroce qui l’attendait.
— Non ! Ça n’est pas possible !
— J’en suis navré. Vous auriez pu me convenir à la place de Brunehilde. Mais mon honneur n’aurait pas été suffisamment vengé comme cela.
Il claqua des doigts. Des soldats ricanants la saisirent par les bras pour la traîner dans la cours. Ses appels à l’aide restèrent sans réponse.

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Re: La chambre des recalés

Message par Bonk » lun. 15 mai 2017 09:38

Mon texte est dans la section 'essais libre'. si qqn sait le deplacer ici... ce serait une bonne chose

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Re: La chambre des recalés

Message par krieghund » mar. 30 mai 2017 08:41

J'ai écris de nombreux textes, principalement des historiques de personnages, pour Vampire DA, mais situé en 1198. J'essaye de m'attacher à une cohérence vis à vis de l'Histoire, et de l'histoire. J'ai ainsi écris un historique de Nosferatu, de tzimisce, de Cappadocien, de Gangrel, de Ravnos, de Setite. Seul souci : ma logorrhée tapuscrite : ils font en général 12 pages, voir 16 pour les plus longs.

Donc je peux difficilement les mettre ici. Je peux mettre les liens, si cela vous intéresse.

Quant à l'autre texte que j'avais écris pour le concours, je le garde en réserve. Il me plait beaucoup et a besoin d'être développé. Je pense qu'il va peut être devenir un texte beaucoup plus long, voir une mini nouvelle.

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Re: La chambre des recalés

Message par Bigboy » mar. 30 mai 2017 14:25

J'aime bien tes histoires courtes Lachesis ...

Et je veux bien découvrir celle des autres. :mrgreen:
Ne te demande pas si tu es trop paranoïaque, demande toi si tu l'es assez

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Lachesis
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Re: La chambre des recalés

Message par Lachesis » mar. 30 mai 2017 18:42

Bigboy a écrit :
mar. 30 mai 2017 14:25
J'aime bien tes histoires courtes Lachesis ...

Et je veux bien découvrir celle des autres. :mrgreen:
Merci. Moi aussi je veux bien découvrir celles des autres :)
Bonk a écrit :
lun. 15 mai 2017 09:38
Mon texte est dans la section 'essais libre'. si qqn sait le deplacer ici... ce serait une bonne chose
j'espère que tu n'as pas mal intérprété ma relecture, au fait ? Une habitude d'un autre forum où on se corrige les uns les autres...

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Re: La chambre des recalés

Message par krieghund » mer. 31 mai 2017 06:42

Ma seule histoire courte est celle du concours^^

Désolé :D

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Re: La chambre des recalés

Message par Bonk » mar. 13 juin 2017 11:18

pas du tout froissé Lachesis. juste revenu de vacances. j'ai bien aimé certaines remarques et m'en suis servi pour corriger qques trucs. merci

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