Essai libre

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Message par Bonk » dim. 14 mai 2017 01:42

Bonjour tous,

Ci-dessous le texte que j'avais écrit pour le concours n°1 de vampire dark âges. malheureusement ce texte était beaucoup trop long par rapport à la consigne donnée, et j'ai posté une version tronquée. çà aurait été dur de tout résumé, il aurait mieux valu écrire autre chose, et je n'en avais pas le temps. Du coup je poste le texte dans son intégralité ici, pour avoir vos avis (clarté, style, rythme, fautes, remarques, commentaires, insultes, etc...)

merci

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Le soleil venait de coucher ses ors et ses pourpres sur la mer. Tels des artistes, ses derniers rayons avaient repeint le monde. La nuit venait de tout recouvrir de son voile protecteur, et elle avait enfin pu sortir à l’air libre. Accoudée au bastingage, elle regardait les étoiles dans le ciel. Le Goéland était à quai, et elle se laissait doucement bercer par le roulis. La caresse du vent sur son visage lui faisait du bien. Après la dernière nuit, elle la trouvait bienvenue, rafraichissante. Tortillant dans ses mains son petit pendentif de cristal, elle essayait de se détendre en profitant d’une vue qui ne durerait plus longtemps : la mer se couvrait déjà d’une encre noire, et Marseille deviendrait bientôt une forêt de petites lumières.

Avec un peu de chance, dans quelques jours elle serait en Espagne. Avec beaucoup de chance, plutôt…

Sur les quais et dans les auberges, on lui avait indiqué assez vite le bon navire. Les matelots se souviendraient d’elle : sa longue robe rouge, sa chevelure incendiaire… Convaincre le capitaine de la prendre à son bord n’avait pas été très difficile non plus. Quand elle avait franchi la passerelle en pleine nuit, accompagnée de Sandro, l’équipage s’était empressé de satisfaire ses moindres désirs. A la lumière un peu chiche d’une bougie, elle avait longtemps parlé avec le chef du navire, dans sa cabine. L’esprit encore embrumé par sa courte nuit, le vieux loup lui avait prêté sa chambre pour la journée. Il en était honoré. Le Goéland l’emmènerait à Barcelone, et elle ne paierait certainement rien.

- Donc nous pourrions appareiller…
- Un peu après la tombée de la nuit, ma dame, le temps de charger le navire. Quand les vents seront favorables. C’est le plus rapide, ma dame.
- Bien, bien… si vous le dites
. Distraitement, elle avait regardé ses mains, ses bagues. Y’ aurait-il un endroit à bord où je pourrais rester pour la journée ? J’ai besoin de dormir, et surtout, de n’être pas dérangée.
- Oh, oui… bien sûr ! Je dois bien pouvoir trouver un… A la réflexion, ma dame, le mieux serait que vous empruntiez ma cabine. Vous serez à l’abri des regards, et mon équipage ne viendra pas vous importuner. Puis les autres pièces n’ont pas ce luxe. Ce… ce ne serait pas convenable. Une personne de votre qualité…
- Alors, c’est entendu ! Je me reposerai tout ce jour dans votre cabine. Un grand merci. Et mon serviteur y dormira aussi. La chambre semble assez grande pour deux.
Elle avait embrassé du regard le fatras qui remplissait la cabine, mais n’avait rien laissé voir de son dégoût. Puis ce soir, nous prendrons la mer pour Barcelone. Nous suivrons le cap de… vous savez, comme vous m’avez montré sur la carte, Capitaine…

Le vieux barbu avait voulu lui montrer la route sur la carte maritime. Avec un compas et un crayon, il avait tracé le parcours à venir. Les mains de la belle toréador avaient glissé sur le vélin. Ses doigts fins, aux ongles peints, avaient joué avec la plume et l’encrier. Rien de certain, mais peut-être avaient-ils frôlé l’avant-bras du loup de mer… des bracelets avaient dû tinter. Il lui avait tout expliqué. Cela lui paraissait important. Il avait voulu la rassurer, car elle semblait inquiète. Il avait voulu lui montrer qu’il maîtrisait son sujet. Qu’elle arriverait vite en Espagne. Il n’avait jamais vu de femme comme cette Doña Clarisa. Toutes les radasses de Marseille pouvaient bien aller se rhabiller. Même les plus belles. Même sa Mathilde. Cette femme... ces yeux… il avait essayé de se réveiller, de retrouver un peu de contenance. Il n’avait pas voulu paraître idiot. Pas devant elle. Ni devant son imbécile de serviteur qui allait dormir à ses côtés !

- Tout à fait, Doña. Tout… tout à fait ! Cap sud-sud-ouest. Et si les dieux ne sont pas trop en colère, vous serez rentrée chez vous d’ici quelques petits jours !
- Parfait, Capitaine. Cela semble parfait. Je ne voudrais pas prendre trop de retard.

Pour l’heure, elle attendait Silas sur le pont. Nerveuse, elle occupait ses mains comme elle le pouvait. Elle jouait avec les plis de sa robe, en espérant qu’elle détournerait suffisamment son attention pour que ses goules puissent quitter la ville. Elle ne prêtait aucune attention aux quelques marins qui s’affairaient autour d’elle. Elle contemplait la cité phocéenne qui s’endormait. La marée n’avait pas l’air de vouloir se presser, et elle pensait à la lettre écrite à son sire. L’homme du viguier viendrait… trop certainement. Elle avait fait ce qu’il fallait pour cela. Elle s’était assez fait remarquer…

--------------

Avril, Année 1242




Très cher Señor Galcerán de Cardona

J’espère, sire, que cette lettre vous trouvera en bonne santé. J’espère aussi que nous pourrons parler de vive voix. J’écris ces mots à la hâte, dans l’espoir qu’ils vous parviennent. Je sais que vous saurez les utiliser à bon escient.

J’observe toujours les agissements du conseil Marseillais, comme vous me l’avez demandé. Les seigneurs César et Nadau sont sur la bonne voie, pour se réconcilier. Ils ne s’apprécient toujours pas, mais au moins arrivent-ils à s’entendre pour les affaires. Avec ce que nous avons mis en place ces dernières années, cela devrait servir vos intérêts. Dame Alais est pratiquement hors-jeu. Elle s’est mise à dos le seigneur Nadau, et sa situation devient précaire. De plus en plus, elle veut vérifier si la mer est plus bleue ailleurs.

Quant aux affaires du viguier… Je crains d’avoir pris trop de risques. J’ai cru pouvoir profiter de son absence au concile, mais je suis pratiquement certaine d’avoir été repérée.
Cette missive a été donnée à trois de mes goules, parties à cheval afin qu’elle vous arrive plus sûrement. Ce que vous recherchez depuis si longtemps est bien en possession de Bodelin, le viguier. Il le cache dans un caveau, sous l’abbaye Saint Victor. J’espère que vous pourrez tirer profit de cette information. Puissiez-vous retrouver votre premier infant, Emilio...
Si tout se passe bien, je devrais vous avoir rejoint dans quelques jours.
Je compte prendre le large au plus tôt, mais nul doute que Bodelin va m’envoyer son boucher, Silas. Je crains pour ma non-vie. Si malheur m’arrivait, je tiens à vous renouveler mon amour pour vous et ma gratitude pour ce que vous m’avez donné. Ce siècle a été pour moi l’occasion de m’émerveiller souvent, et c’est à vous que je le dois. J’ai pu découvrir des plaisirs que ma triste vie ne m’aurait jamais offerts, et je vous en suis reconnaissante. Je vis peut-être ma dernière nuit. C’est très probable. Mais j’ai la chance qu’elle soit belle.


Clarisa, votre infante dévouée et aimante


---------------

Elle avait été imprudente. Et Bodelin allait lui faire payer sa curiosité. La tension grandissant, la mer ne l’apaisait plus tant que ça, finalement… elle n’entendait plus que le bois grinçant du bateau. Lancinante, la grande carcasse du Goéland semblait compter en geignant le temps qui lui restait. Mollement, elle…

Il était là. Quelque part… tout près, elle le sentait.

La peur lui remonta le long de l’échine. Elle se rendit compte qu’elle serrait sa robe un peu trop fort. Elle chercha Silas du regard. Clarisa avait toujours été très perceptive, mais il était l’ami des ombres. Et où étaient donc passés tous les marins ? Tous ses sens aux aguets, elle essaya de percer l’obscurité, mais rien ne trahissait sa présence. Peut-être… Oui… peut-être à côté du cabestan. La lanterne qui s’y trouvait n’y brillait plus, et l’endroit semblait plus noir que la nuit. Elle voulut paraître moins affolée…

- Alors ? Marseille ne vous plaît plus ? La belle saison arrive, savez-vous ? Il serait dommage de partir si vite, sans dire au revoir à personne. Une señora bien élevée comme vous…
- De quoi parlez-vous ?
Elle essaya de ne pas sursauter. Elle monta la voix. Et puis montrez-vous, messire le chantre de la politesse ! Elle ne distinguait pas son tourmenteur, simplement… simplement elle ne voyait plus les étoiles par endroits. Elle s’attendait à voir apparaître la face couturée du moricaud à tout moment.

- Non, sincèrement. Ce serait regrettable. Une relation comme la nôtre… Dix longues années de confiance aveugle. Le son semblait se déplacer, et les astres disparaissaient ou réapparaissaient.
- Ecoutez, Silas… je… je reconnais votre voix. Je ne sais pas à quoi vous faites allusion, mais le mieux reste toujours d’en discuter. Elle voulait que sa voix ne tremble pas, mais l’effet fut incertain. Je pourrais parler au sire Bodelin, s’il le souhaite. Ça permettrait d’éviter tout malentendu…
- Un malentendu, dites-vous ? Ce n’est pas ce que pense le viguier. Vous cherchiez à discuter avec qui, dans les souterrains de l’abbaye ? Un ami chez les rats d’égouts, peut-être ? Sans compter que ce n’est pas la première fois qu’on vous y trouve…

Le doute n’était plus possible. L’affronter ne servirait à rien. Il tuait à tour de bras depuis des siècles. Il connaissait son affaire… à commencer par les matelots. Elle se demanda ce qui était le plus inquiétant : voir le visage noir du bourreau, son visage percé d’anneaux, ou alors qu’il reste dans l’ombre ? Et Sandro ?
Elle devait fuir. Si seulement elle arrivait à le localiser. Au moins ses messagers étaient-ils partis… Elle rejeta les épaules en arrière afin d’avoir une voix plus assurée.

- Vous ne pouvez pas me faire de mal ! Il y aura des conséquences ! Des conséquences que Bodelin n’est certainement pas prêt à payer ! Elle chercha désespérément les étoiles, le moment propice pour tenter sa chance. La vitae affluait dans son corps… elle se préparait à l’action.
- Mais qui te parle de te faire du mal, petite traînée ? La voix se fit plus doucereuse. T’inquiète donc pas ! On en prend soin des Cardona, à Marseille ! Une jolie boîte. Comme il convient au clan de la rose… tu préfères l’acacia ou l’acajou ?
- Je ne me laisserai pas faire ! Je te préviens !
Elle criait maintenant. Des pans de sa robe, elle sortit une dague qu’elle tint fermement devant elle. Elle la pointa de droite à gauche, en tournant plus ou moins sur elle-même, selon d’où venait la voix du lasombra. Cela la rassura… un peu.
- Du caractère ? C’est bien, ça. Ce sera plus intéressant. Ça ne t’aidera pas, mais c’est toujours plaisant. Ton frère aussi s’est défendu, tu sais ? L’excitation s’entendait dans sa voix. Comme si un chat acculant une souris pouvait sourire… Tu croyais que je t’attraperais pas ? Tu penses être discrète ?

Elle sentait la puissance dans son corps. Le sang circulait plus que jamais dans tous ses membres. Bientôt elle pourrait tenter la fuite. Si elle franchissait sa garde, alors elle aurait sa chance. Silas reprit d’une voix calme :

- Je connais du monde sur le port. Pas mal de marins sont à ma botte. T’espérais que je saurais pas ? Une greluche bien apprêtée, sur les quais dégueulasses de Marseille… avec un gars qui la suit comme un chien ? Tu étais plus voyante qu’un écu sur une bouse ! Quel dommage…
A bien y penser, les Cardona ne se sont jamais sentis vraiment bien, à Marseille. Ils ne sont jamais restés bien longtemps. Bien longtemps vivants, je veux dire… Une lignée bien asociale, décidément...


Elle vit alors ce qu’elle espérait. Le reflet d’une lame. Tendue comme un arc, elle profita de l’ouverture que lui offrait l’assassin. Aussi vive qu’une flèche, elle se rua vers le bastingage, prête à sauter par-dessus bord pour atterrir sur les quais. Mais le reflet n’était pas ce qu’elle pensait. Le choc fut terrible. C’était juste les dents blanches de Silas. Elle vit l’épée plus tard. Du moins la garde de l’épée. Sa lame lui fourrageait tout le flanc, et elle tournait déjà de l’oeil… Mais ses goules étaient parties. Elle esquissa un sourire sanglant au lasombra, qui tournait et retournait la lame dans sa chair meurtrie.

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Re: Essai libre

Message par Lachesis » dim. 14 mai 2017 10:33

Challenge accepté :)

(sinon y a des plateformes comme Scribay qui conviennent bien à l'exercice de relecture, mais je vais te faire un compte-rendu de bêta lecture ici):

rouge: orthographe
vert: tournure de phrase
bleu: autre

Le soleil venait de coucher ses ors et ses pourpres sur la mer. Tels des artistes, ses derniers rayons avaient repeint le monde. La nuit venait de tout recouvrir de son voile protecteur, et elle avait enfin pu sortir à l’air libre. Accoudée au bastingage, elle regardait les étoiles dans le ciel. Le Goéland était à quai, et elle se laissait doucement bercer par le roulis. La caresse du vent sur son visage lui faisait du bien. Après la dernière nuit, elle la trouvait bienvenue, rafraichissante. Tortillant dans ses mains son petit pendentif de cristal, elle essayait de se détendre en profitant d’une vue qui ne durerait plus longtemps : la mer se couvrait déjà d’une encre noire, et Marseille deviendrait bientôt une forêt de petites lumières.

Avec un peu de chance, dans quelques jours elle serait en Espagne. Avec beaucoup de chance, plutôt plus tôt

Sur les quais et dans les auberges, on lui avait indiqué assez vite le bon navire. Les matelots se souviendraient d’elle : sa longue robe rouge, sa chevelure incendiaire bouh cliché !… Convaincre le capitaine de la prendre à son bord n’avait pas été très difficile non plus. Quand elle avait franchi la passerelle en pleine nuit, accompagnée de Sandro, l’équipage s’était empressé de satisfaire ses moindres désirs. A la lumière un peu chiche d’une bougie, elle avait longtemps parlé avec le chef du navire, dans sa cabine. L’esprit encore embrumé par sa courte nuit, le vieux loup lui avait prêté sa chambre pour la journée. Il en était honoré. Le Goéland l’emmènerait à Barcelone, et elle ne paierait certainement rien.

- Donc nous pourrions appareiller…
- Un peu après la tombée de la nuit, ma dame, le temps de charger le navire. Quand les vents seront favorables. C’est le plus rapide, ma dame.
- Bien, bien… si vous le dites. Distraitement, elle avait regardé ses mains, ses bagues. Y’ aurait-il un endroit à bord où je pourrais rester pour la journée ? J’ai besoin de dormir, et surtout, de n’être pas dérangée.
- Oh, oui… bien sûr ! Je dois bien pouvoir trouver un… A la réflexion, ma dame, le mieux serait que vous empruntiez ma cabine. Vous serez à l’abri des regards, et mon équipage ne viendra pas vous importuner. Puis les autres pièces n’ont pas ce luxe. Ce… ce ne serait pas convenable. Une personne de votre qualité…
- Alors, c’est entendu ! Je me reposerai tout ce jour dans votre cabine. Un grand merci. Et mon serviteur y dormira aussi. La chambre semble assez grande pour deux. Elle avait embrassé du regard le fatras qui remplissait la cabine, mais n’avait rien laissé voir de son dégoût. Puis ce soir, nous prendrons la mer pour Barcelone. Nous suivrons le cap de… vous savez, comme vous m’avez montré sur la carte, Capitaine…

Le vieux barbu avait voulu lui montrer la route sur la carte maritime. Avec un compas et un crayon, il avait tracé le parcours à venir. Les mains de la belle toréador avaient glissé sur le vélin. Ses doigts fins, aux ongles peints, avaient joué avec la plume et l’encrier. Rien de certain, mais peut-être avaient-ils frôlé l’avant-bras du loup de mer… des bracelets avaient dû tinter. Il lui avait tout expliqué. Cela lui paraissait important. Il avait voulu la rassurer, car elle semblait inquiète. Il avait voulu lui montrer qu’il maîtrisait son sujet. Qu’elle arriverait vite en Espagne. Il n’avait jamais vu de femme comme cette Doña Clarisa. Toutes les radasses de Marseille pouvaient bien aller se rhabiller. Même les plus belles. Même sa Mathilde. Cette femme... ces yeux… il avait essayé de se réveiller, de retrouver un peu de contenance. Il n’avait pas voulu paraître idiot. Pas devant elle. Ni devant son imbécile de serviteur qui allait dormir à ses côtés !

- Tout à fait, Doña. Tout… tout à fait ! Cap sud-sud-ouest. Et si les dieux on dit les marins superstitieux mais là on est quand même au 13eme sièclene sont pas trop en colère, vous serez rentrée chez vous d’ici quelques petits jours !
- Parfait, Capitaine. Cela semble parfait. Je ne voudrais pas prendre trop de retard.

Pour l’heure, elle attendait Silas sur le pont. Nerveuse, elle occupait ses mains comme elle le pouvait. Elle jouait avec les plis de sa robe, en espérant qu’elle détournerait suffisamment son attention pour que ses goules puissent quitter la ville. Elle ne prêtait aucune attention aux quelques marins qui s’affairaient autour d’elle. Elle contemplait la cité phocéenne qui s’endormait. La marée n’avait pas l’air de vouloir se presser, et elle pensait à la lettre écrite à son sire. L’homme du viguier viendrait… trop certainement. Elle avait fait ce qu’il fallait pour cela. Elle s’était assez fait remarquer…

--------------

Avril, Année 1242




Très cher Señor Galcerán de Cardona

J’espère, sire, que cette lettre vous trouvera en bonne santé pour des vampires, ça fait bizarre. J’espère aussi que nous pourrons parler de vive voix. J’écris ces mots à la hâte, dans l’espoir qu’ils vous parviennent. Je sais que vous saurez les utiliser à bon escient.

J’observe toujours les agissements du conseil Marseillais soit c'est un adjectif sans majuscule, soit il faudrait une majuscule à "Conseil", comme vous me l’avez demandé. Les seigneurs César et Nadau sont sur la bonne voie, pour se réconcilier. Ils ne s’apprécient toujours pas, mais au moins arrivent-ils à s’entendre pour les affaires. Avec ce que nous avons mis en place ces dernières années, cela devrait servir vos intérêts. Dame Alais est pratiquement hors-jeu. Elle s’est mise "mis" et non "mise" car la locution est invariableà dos le seigneur Nadau, et sa situation devient précaire. De plus en plus, elle veut vérifier si la mer est plus bleue ailleurs.

Quant aux affaires du viguier… Je crains d’avoir pris trop de risques. J’ai cru pouvoir profiter de son absence au concile, mais je suis pratiquement certaine d’avoir été repérée.
Cette missive a été donnée à trois de mes goules, parties à cheval afin qu’elle vous arrive plus sûrement. Ce que vous recherchez depuis si longtemps est bien en possession de Bodelin, le viguier. Il le cache dans un caveau, sous l’abbaye Saint Victor. J’espère que vous pourrez tirer profit de cette information. Puissiez-vous retrouver votre premier infant, Emilio...
Si tout se passe bien, je devrais vous avoir rejoint dans quelques jours.
Je compte prendre le large au plus tôt, mais nul doute que Bodelin va m’envoyer son boucher, Silas. Je crains pour ma non-vie. Si malheur m’arrivait, je tiens à vous renouveler mon amour pour vous et ma gratitude pour ce que vous m’avez donné. Ce siècle a été pour moi l’occasion de m’émerveiller souvent, et c’est à vous que je le dois. J’ai pu découvrir des plaisirs que ma triste vie ne m’aurait jamais offerts, et je vous en suis reconnaissante. Je vis peut-être ma dernière nuit. C’est très probable. Mais j’ai la chance qu’elle soit belle.


Clarisa, votre infante dévouée et aimante


---------------

Elle avait été imprudente. Et Bodelin allait lui faire payer sa curiosité. La tension grandissant, la mer ne l’apaisait plus tant que ça, finalement… elle n’entendait plus que le bois grinçant du bateau. Lancinante, la grande carcasse du Goéland semblait compter en geignant le temps qui lui restait. Mollement, elle…

Il était là. Quelque part… tout près, elle le sentait.

La peur lui remonta le long de l’échine. Elle se rendit compte qu’elle serrait sa robe un peu trop fort. Elle chercha Silas du regard. Clarisa avait toujours été très perceptive, mais il était l’ami des ombres. Et où étaient donc passés tous les marins ? Tous ses sens aux aguets, elle essaya de percer l’obscurité, mais rien ne trahissait sa présence. Peut-être… Oui… peut-être à côté du cabestan. La lanterne qui s’y trouvait n’y brillait plus, et l’endroit semblait plus noir que la nuit. Elle voulut paraître moins affolée…

- Alors ? Marseille ne vous plaît plus ? La belle saison arrive, savez-vous ? Il serait dommage de partir si vite, sans dire au revoir à personne. Une señora bien élevée comme vous…
- De quoi parlez-vous ? Elle essaya de ne pas sursauter. Elle monta la voix. Et puis montrez-vous, messire le chantre de la politesse ! Elle ne distinguait pas son tourmenteur, simplement… simplement elle ne voyait plus les étoiles par endroits. Elle s’attendait à voir apparaître la face couturée du moricaud à tout moment.

- Non, sincèrement. Ce serait regrettable. Une relation comme la nôtre… Dix longues années de confiance aveugle. Le son semblait se déplacer, et les astres disparaissaient ou réapparaissaient.
- Ecoutez, Silas… je… je reconnais votre voix. Je ne sais pas à quoi vous faites allusion, mais le mieux reste toujours d’en discuter. Elle voulait que sa voix ne tremble pas, mais l’effet fut incertain. Je pourrais parler au sire Bodelin, s’il le souhaite. Ça permettrait d’éviter tout malentendu…
- Un malentendu, dites-vous ? Ce n’est pas ce que pense le viguier. Vous cherchiez à discuter avec qui, dans les souterrains de l’abbaye ? Un ami chez les rats d’égouts, peut-être ? Sans compter que ce n’est pas la première fois qu’on vous y trouve…

Le doute n’était plus possible. L’affronter ne servirait à rien. Il tuait à tour de bras depuis des siècles. Il connaissait son affaire… à commencer par les matelots. Elle se demanda ce qui était le plus inquiétant : voir le visage noir du bourreau, son visage percé d’anneaux, ou alors qu’il reste dans l’ombre ? Et Sandro ?
Elle devait fuir. Si seulement elle arrivait à le localiser. Au moins ses messagers étaient-ils partis… Elle rejeta les épaules en arrière afin d’avoir une voix plus assurée.

- Vous ne pouvez pas me faire de mal ! Il y aura des conséquences ! Des conséquences que Bodelin n’est certainement pas prêt à payer ! Elle chercha désespérément les étoiles, le moment propice pour tenter sa chance. La vitae affluait dans son corps… elle se préparait à l’action.
- Mais qui te parle de te faire du mal, petite traînée ? La voix se fit plus doucereuse. T’inquiète donc pas ! On en prend soin des Cardona, à Marseille ! Une jolie boîte. Comme il convient au clan de la rose… tu préfères l’acacia ou l’acajou à vérifier, mais ça ne me paraît pas très historico compatible ?
- Je ne me laisserai pas faire ! Je te préviens ! Elle criait maintenant. Des pans de sa robe, elle sortit une dague qu’elle tint fermement devant elle. Elle la pointa de droite à gauche, en tournant plus ou moins sur elle-même, selon d’où venait la voix du lasombra nom propre, faut une majuscule. Cela la rassura… un peu.
- Du caractère ? C’est bien, ça. Ce sera plus intéressant. Ça ne t’aidera pas, mais c’est toujours plaisant. Ton frère aussi s’est défendu, tu sais ? L’excitation s’entendait dans sa voix. Comme si un chat acculant une souris pouvait sourire… Tu croyais que je t’attraperais pas ? Tu penses être discrète ?

Elle sentait la puissance dans son corps. Le sang circulait plus que jamais dans tous ses membres. Bientôt elle pourrait tenter la fuite. Si elle franchissait sa garde, alors elle aurait sa chance. Silas reprit d’une voix calme :

- Je connais du monde sur le port. Pas mal de marins sont à ma botte. T’espérais que je saurais pas ? Une greluche bien apprêtée, sur les quais dégueulasses de Marseille… avec un gars qui la suit comme un chien ? Tu étais plus voyante qu’un écu sur une bouse ! j'aime cette métaphore Quel dommage…
A bien y penser, les Cardona ne se sont jamais sentis vraiment bien, à Marseille. Ils ne sont jamais restés bien longtemps. Bien longtemps vivants, je veux dire… Une lignée bien asociale, décidément...

Elle vit alors ce qu’elle espérait. Le reflet d’une lame. Tendue comme un arc, elle profita de l’ouverture que lui offrait l’assassin. Aussi vive qu’une flèche, elle se rua vers le bastingage, prête à sauter par-dessus bord pour atterrir sur les quais. Mais le reflet n’était pas ce qu’elle pensait. Le choc fut terrible. C’était juste les dents blanches de Silas. Elle vit l’épée plus tard. Du moins la garde de l’épée. Sa lame lui fourrageait tout le flanc, et elle tournait déjà de l’oeil… Mais ses goules étaient parties. Elle esquissa un sourire sanglant au lasombra, qui tournait et retournait la lame dans sa chair meurtrie.

Il manque un morceau de l'histoire. Manifestement elle s'est sacrifiée pour son Sire, mais on ne comprends pas les tenants et les aboutissants de l'histoire. Tant qu'à y être, étant la conclusion et l'introduction ;)

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